jeudi 27 septembre 2012

Tunis, un carrefour de civilisations

- Billet apparu sur Tunivisions Magazine n° Septembre 2012 - 




Tous les chemins mènent à Rome, certes ! Mais Tunis en vaut le détour. Ici, on y trouve de tout, même des maillots de l’ESS. Des brasseries et des mosquées mitoyennes se partageant un mur, mais aussi quelques fidèles adeptes. Des
salafistes piétinant le drapeau américain de leur Nike Air Max. Des
altermondialistes, tenant tête au nouvel ordre mondial avec leur casquette New Era. Et des féministes qui se laissent pousser les poils des jambes pour être les égales de l’homme : Bienvenue à Tunis, un carrefour de civilisations, depuis près de 3000 ans.

Depuis le temps que les civilisations s’entassent dans ce carrefour, il est dans l’ordre naturel des choses de voir apparaître un embouteillage monstre. Dans ce carrefour de civilisations, laquelle de ces dernières a la priorité ? Qui cède le passage à qui ?

 Comme dans chaque bouchon de circulation, les nerfs des conducteurs montent d’un cran et les décibels des klaxons aussi.  Les chauffards pressés klaxonnent désespérément croyant faire avancer les choses et les insultes fusent. Ça chauffe entre les conducteurs et pourtant ils sont en froid. L’ambiance est électrique et pourtant le courant ne passe plus entre eux !
 
Alors la Police dépêche un de ses agents pour régler la situation, calmer les gens et lubrifier la circulation. Entre temps, Ottoman, un des conducteurs bloqués dans le bouchon, veut brusquer les choses et tente de se frayer un chemin de force, sous l’œil bienveillant de l’agent de circulation.
Ce qui irrite Françoise, une autre conductrice, qui demande à l’agent de police d’intervenir. Ottoman n’apprécie pas cela, il descend du véhicule en rogne et se dirige vers la dame. Sa barbe, plus longue que la mini-jupe de Françoise, pétrifie cette dernière qui reste cloitrée dans son véhicule.

Plus loin dans l’embouteillage, un vieux monsieur, qui répond au nom d’Hannibal paraît-il, reste perplexe face à cette scène qui s’offre à ces yeux. Il ne reconnaît plus ce quartier, qu’il a longtemps fréquenté, depuis l’époque où ce carrefour n’était qu’une vulgaire piste de gravier où ses éléphants gambadaient.   

Et il se dit dans sa tête, pourquoi ne pas démolir ce carrefour, et construire une Agora à la place ? Comme nos amis grecs, une place publique, où tout le monde serait le bienvenu. Un endroit dépourvu de véhicules, où chacun viendrait à pieds. 


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